Centre Entraînement Close-Combat

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Piquer ou ne pas piquer…

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François Jacob (ci-dessus), alors étudiant en médecine, quitta la France pour rejoindre les Forces françaises libres dès 1940.

Dans sa dernière oeuvre littéraire, La Souris, la mouche et l’Homme (1997) François Jacob, Prix Nobel de médecine et Croix de la libération (il s’agit bien là d’un καλὸς κἀγαθός au sens où l’entendait l’aristocratie athénienne), s’interroge sur « l’une des activités les plus générales, les plus nécessaires des être vivants »: prévoir l’avenir. Ce qui amène l’auteur à passer en revue le fonctionnement du vivant, notamment au chapitre V intitulé « Le même et l’autre ». Et c’est là où le pratiquant de close-combat d’aujourd’hui y trouvera entre autres un enseignement, dans la fable (qui nous viendrait d’Esope) que Jacob cite de manière liminaire: le scorpion et la grenouille. Laissons le raconter:

« Au bord d’une rivière, un scorpion marche nerveusement, cherchant à passer sur l’autre rive. Survient une grenouille. « Veux-tu me prendre sur ton dos et me faire traverser la rivière? demande le scorpion. – Je ne suis pas folle, répond la grenouille, pour que tu me piques? – Mais non, reprend le scorpion, quel intérêt aurais-je à te piquer? Nous coulerions tous les deux; et puis je te paierai bien! ». Convaincue, la grenouille accepte de prendre le scorpion sur son dos. Elle commence à nager sur l’autre rive. Une fois au milieu de l’eau, le scorpion pique la grenouille. Avant de mourir, elle demande: « Mais pourquoi as-tu fait cela? – Parce que c’est dans ma nature », dit le scorpion et ils coulent tous deux dans l’eau. » François Jacob continue et conclue: « Ce malheureux scorpion n’est qu’un imbécile. Quoi qu’il pense – s’il pense -, qu’il aime ou qu’il déteste son prochain, qu’il fasse ou non des projets, sa marge de manoeuvre se réduit à une alternative: piquer ou ne pas piquer. Il n’a pas d’autres possibilité. »

Et ce qui intéressant dans cette fable du Scorpion et de la Grenouille, bien sûr c’est que nous sommes comme prisonnier de notre nature (et dès lors, on peut dire que nous sommes tous nés sous le signe du scorpion…), mais c’est surtout dans notre propension à déformer la réalité. Pour un François Jacob, survivant de la Seconde guerre mondiale, ce n’est d’ailleurs pas anodin de placer cette parabole en tête de chapitre: combien sont ceux qui avant guerre n’ont pas voulu voir le danger que représentait l’Allemagne du IIIème Reich?

Si l’on revient à notre principale préoccupation, celle du combat corps-à-corps, moi, combattant, je dois tout faire pour voir la réalité en face, et non telle que je voudrais la voir. Il est sans doute plus satisfaisant pour l’esprit de se dire que l’on a réussi à amadouer le scorpion, à le faire changer de nature, qu’il y avait du bon en lui et que l’on a su le trouver… Mais c’est surtout de l’orgueil que l’on trouve là. De la démesure. Ce que les Grecs anciens appelaient l’ὕϐρις: vilain défaut – pour ne pas dire faute grave – que les dieux punissaient en général de manière assez sévère grâce à la déesse Némésis.

Donc si je suis grenouille, je ne me bats pas avec un scorpion. Si je suis un pot de terre, je ne frappe pas le pot de fer. Si je suis seul, je ne défie pas le groupe. Si je suis désarmé, je n’engage pas un combat contre un individu armé. Si je n’ai pas faim, je ne lutte pas avec qui a plus faim que moi…

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